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Patrick Kelly, l’homme qui habillait « toutes les femmes »

 Follement 80′s, le travail du designer américain Patrick Kelly (1954-1990) fait l’objet d’une gigantesque rétrospective au Philadelphia Museum of Art. Retour sur le parcours d’un créateur flamboyant, subversif avant l’heure, premier Américain à entrer à la prestigieuse Chambre syndicale du prêt-à-porter.

Vicksburg, Etat du Mississipi, 1960. Patrick Kelly, six ans, feuillette les pages d’un magazine de mode que sa grand-mère, domestique pour une famille de blancs, lui a ramené du travail. Il lui fait remarquer qu’il n’y a pas de photos de femmes noires. « Personne n’a le temps de leur créer des vêtements, » lui répond sa grand-mère.

Paris, 1986. Le sculptural mannequin Pat Cleveland, défilant pour le créateur de mode Patrick Kelly, rejoue la mythique scène de « danse des bananes » originellement interprétée par Joséphine Baker, devant un public estomaqué. Deux ans plus tard, grâce au soutien de Pierre Bergé, le créateur américain entre à la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode (maintenant appelée Fédération française du prêt-à-porter), devenant simultanément le premier Américain et le premier Afro-Américain a être reconnu par l’institution nationale.

La campagne automne-hiver 1988, première immortalisation du logo
(photo: tenue de soirée)

Comme son idole Joséphine Baker, c’est à Paris que le créateur américain trouve la notoriété. Passé par une boutique Yves Saint Laurent Rive Gauche à Atlanta et la Parsons School of Design de New York, Kelly arrive à Paris en 1979, à tout juste vingt-cinq ans. Il travaille d’abord en tant que costumier pour la boite de nuit en vogue Le Palais, s’inspirant du monde de la nuit, des milieux gays et de la contre-culture, et vendant ses vêtements dans la rue et les marchés aux puces. Sa création signature : la robe tube en jersey fluo, repérée en 1985 par Nicole Crassat, l’influente rédactrice du magazine Elle. « Un jour, elle est venue me voir en disant, « J’ai trouvé ce qu’il te faut! Un nouveau styliste incroyable, plein de vie! » raconte Oliviero Toscani, photographe du magazine, connu pour ses campagnes de pub choc pour la marque Benetton. « C’était une véritable découvreuse de talents; c’est d’ailleurs elle qui a lancé Azzedine Alaïa en France. » Toscani shoote alors les modèles de Kelly pour le magazine, et la carrière du créateur est lancée. Repéré par les acheteurs de Neiman Marcus et Bergdof Goodman, deux grands magasins new-yorkais, Patrick Kelly prend sa revanche sur l’Amérique depuis son petit studio du Marais.

Dans une époque gouvernée par les épaulettes et les jupes-boules, les silhouettes de Kelly agissent comme un shoot de vitalité au sein d’une industrie de la mode figée dans ses principes. Le créateur fait entrer le denim au panthéon des matières prêt-à-porter et surcharge ses créations de perles, boutons, détails dorés venant pimenter les tenues. Les silhouettes de sa collection automne-hiver 1987-88 sont parsemées de coeurs appliqués, réalisés en cousant une multitude de boutons pour constituer un motif en relief. Kelly faisait en sorte que les différents détails pouvaient être retirés ou déplacés, pour que la cliente puisse customiser son vêtement selon ses propres goûts. Ses muses? Sa grand-mère et les autres femmes de sa ville natale de Vicksburg: « Le dimanche, à l’Eglise baptiste, les femmes étaient toutes aussi imposantes que celles des shows haute couture d’Yves Saint Laurent, » rapporte le créateur au magazine People dans un article de 1987. Une mode vibrante et décomplexée, démocratiquement chic : « Je crée des vêtements pour les femmes grosses, les femmes minces, toutes les sortes de femmes, » poursuit-il. « Mon message est : vous êtes belles telles que vous êtes. »

Au Philadelphia Museum of Art, le titre de la rétrospective sur Kelly s’est imposé de lui-même. « Runway of love [défilé de l'amour ] résumait parfaitement le thème de ses collections, mais aussi sa personnalité et sa vision de la mode, » explique Dilys Blum, commissionnaire de l’exposition. « Kelly était généreux, chaleureux – sa personnalité captivait les gens. » Des coulisses des défilés aux campagnes de publicité, la vitalité de Kelly est contagieuse. « Il arrivait toujours à mettre les gens de bonne humeur, » se souvient Oliviero Toscani, qui shoote ses campagnes de publicité après leur rencontre pour l’article dans Elle.« Quand je travaillais avec lui, je savais que j’allais passer une bonne journée. C’était quelqu’un de toujours très positif, qui riait tout le temps – mais qui savait exactement ce qu’il voulait. »

« Connaitre sa propre histoire pour aller de l’avant »

Une mode joyeusement exubérante, colorée et différente – mais qui correspond à une vision de la société étudiée. Le créateur grandit dans l’Etat du Mississippi, l’un des plus racistes de l’époque. Kelly puise dans ses racines pour nourrir ses collections, toujours avec une pointe d’humour. « Il a un regard très intéressant sur la société, » reprend Olivier Toscani. « Il faisait des vêtements pour les filles noires qui allaient danser le samedi puis se rendaient à l’église le dimanche. Il y avait un côté découverte de la vie, de l’amour, du sexe – une ambiance très teenager. » Sur les podiums, des filles de toutes nationalités, regroupées en bande de copines hilares autour du créateur sur ses campagnes de publicité.

Lors de ses années à Paris, Kelly collectionne des objets en rapport avec la culture noire, affiches, bibelots, jouets, allant jusqu’à choisir le « golliwog », une poupée perçue comme un symbole des stéréotypes racistes, comme logo de sa marque. Les sacs en papier avec lesquels repartent les clientes de ses boutiques sont interdits aux Etats-Unis. « Il était accusé de promouvoir les stéréotypes racistes, » explique Dilys Blum du Philadelphia Museum of Art. « A chaque défilé, il distribuait des petits pin’s de « black baby », représentation physique raciste de l’homme noir. Mais il ne s’en est jamais défendu. » Un article de 1989 dans le Time magazine le cite : « Je ne suis pas le « Grand Espoir Noir », chéri. Mais c’est comme dit la chanson, « Tu te sers de ce que tu as pour obtenir ce que tu veux. » » A l’image de la « danse des bananes » réinterprétée par Pat Cleveland, Kelly s’approprie et détourne un imaginaire culturel fort de symbolisme, estimant qu’il est « nécessaire de connaitre sa propre histoire avant de pouvoir aller de l’avant. »

Décédé brutalement en 1990, le nom de Patrick Kelly reste peu connu en dehors du monde de la mode. Sa marque s’éteint avec lui, mais plus de trente ans plus tard, les créateurs lui rendent encore hommage : Gerlan Marcel, la créatrice derrière la marque joyeusement nineties Gerlan Jeans, le cite fréquemment comme inspiration, et les détournements de Kelly des codes couture – le matelassé et le tweed Chanel version multicolore, le plissé Madame Grès, le motif lèvres Schiaparelli – n’est pas sans rappeler le travail de Jeremy Scott pour la maison italienne Moschino. Long live Kelly.

voir aussi: robe de soirée 2014
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