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Des passants vêtus de noir position de l'Opéra...

 Des passants vêtus de noir position de l'Opéra à Paris le 10 décembre 2014 (Photo Eliot Blondet. AFP)

Mais pourquoi les Parisiens s’habillent-ils tous en noir? Dans les rues de la Ville Lumière, capitale de la mode et de la morosité française, le noir chic a cédé devant le noir pratique, devenu l’uniforme.

La vision des rames du métro parisien en total look noir est un spectacle qui n’étonne plus que les étrangers. Ou les expatriés rentrant à la suite de une longue absence. Comme tellement le mental des Français déprimés par la crise déteignait sur les standards du chic parisien, chers à Chanel et son iconique petite robe noire, ou St Laurent et son smoking fétiche.

D’autres secteurs que la mode sont piqués dans la noirceur en France. En maquillage, en dépit de le retour des couleurs régulièrement déclaré , les magazines continuent de vanter «l’ultranoir», le «smoky» ou le «charbonneux».

Côté beaux-arts, à partir cet été, les spécialistes décortiquent les différentes textures de «l’outrenoir», vocable forgé par le peintre Pierre Soulages, dont le musée regroupant quelque 250 de ses oeuvres, où le noir domine, vient d’ouvrir à Rodez (Aveyron), sa ville ou elle est née .

Rien à voir avec la crise et la dépression, assurent les modeux. Cette «non-couleur» serait tout simplement au-dessus de toutes les autres. Même tellement elle appuie aussi dans les rues minérales de la capitale en hiver.

- Elégant pour les modeux -

Des passants vêtus de noir  position  de l'Opéra...

photo: robe de soirée rose

«Noir c’est impétueux, c’est une attitude, l’élégance suprême, et la suprême modernité», garantit Sophie Lafite du cabinet de style Promostyl. «Chic, moderne et va -partout», précise le couturier Michel Léger qui tient boutique à partir plusieurs décennies dans le chic 6e arrondissement.

Après l’envol de la rigueur zen japonaise dans les années 80-90, la diffusion du noir doit aux rebelles, les «gothiques» et les «bikers», expliqué à l’AFP le couturier Christian Lacroix.

Cette couleur «noie les défauts de coupe», est «garante d’une certaine allure, (...) d’une certaine noblesse», précise le créateur, en avouant au passage qu’il a longtemps envié «ceux dont l’image de marque était le minimalisme et le noir» lorsqu’il avait sa propre maison, fameux pour... ses couleurs du Sud.

«Nous nous compliquions vraiment la tâche en proposant des familles d’imprimés coordonnées à des gammes d’unis», expliqué -il dans une interview réalisée par mail.

Actuellement , «on ne propose pas grand chose d’autre (que du noir, NDLR) dans les magasins», admet M. Lacroix. Quant à l’ collectivité du prêt-à-porter est enrolé dans un «cercle vicieux» qui conduit à « offrir toujours beaucoup de noir»: «On pense que c’est ce qui va se vendre, vu que ça s’est vendu, et.. effectivement ça se vend».

- «Noir, la couleur de Paris» -

«Ca fait branché, tous les architectes s’habillent en noir. Cette couleur donne à plus petite prix d’avoir de l’audace, alors qu’on n’en a pas du tout (...) C’est devenu un uniforme» à Paris, tempère Michel Léger.

Claudia N. approuve. En noir de la tête aux pieds dans les Jardins du Palais Royal, en plein coeur de Paris. Lorsqu’elle est en Italie, cette réalisatrice de documentaires franco-italienne déclare ne «jamais» s’habiller «en noir dans la journée»: «En fait, le noir c’est principalement la couleur de Paris!»

L’historien des couleurs Michel Pastoureau dédramatise: « Actuellement , le noir vestimentaire n’a plus rien d’agressif ni de tabou», écrit-il dans «Noir, histoire d’une couleur» (Seuil).

«Le noir est la teinte qui résiste le plus longtemps à des lavages répétés», ce qui en fait son intérêt actuel, alors qu’au Moyen-Age, les teinturiers ont mis des décennies à fixer cette couleur, de facto réservée à ceux qui pouvaient se le autoriser , fortunés et puissants, politiques ou religieux.

Spécialiste des couleurs, images et symboles à l’Ecole pratique des hautes études, M. Pastoureau relève principalement l’importance des locutions d’usage courant qui soulignent la dimension «secrète, interdite, menaçante ou funeste» de la couleur d’une nuit sans lune. La liste est longue: de «mouton noir» à « suite noire» en passant par « notion noire», ou «broyer du noir».

- «Difficile de voir le soleil» -

Exactement . Les Français en broient beaucoup de noir, ils sont même les «champions du pessimisme collectif», suivant Emmanuel Rivière, directeur de l’unité stratégies d’opinion chez TNS Sofrès. «Effectivement, on pourrait prendre la question vestimentaire (autour du noir, NDLR) pour le signe de ce pessimisme», expliqué -il à l’AFP, en discernant aussi «une nette valorisation de l’élégance et du chic» chez ses concitoyens.

Pour la confiance collective dans l’ futur , les Français sont en dernière position en Europe bien que la crise frappe plus durement d’autres états , souligne M. Rivière, en se basant sur une recherche réalisée auprès de 2.500 individus en France, Allemagne, Espagne, Italie et au Royaume Uni, du 13 au 22 octobre 2014.

«Les Français ont tendance à plutôt regarder les choses de façon négative, alors qu’on vit encore bien en France», approuve Karin Finkenzeller, correspondante à Paris de l’hebdomadaire allemand Wirtschafts Woche.

«On parle beaucoup du +french bashing+, toutefois à moi, cela ne me fait pas plaisir», expliqué la journaliste allemande, «je préfère raconter la France qui bouge et les start-upers».

«En France, on a tendance à placer des lunettes noires, et avec des lunettes noires, c’est très dur de voir le soleil».

voir aussi: robe de soirée bleu
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